Donald Trump a fait enlever le président du Venezuela et son épouse le 3 janvier 2026 afin de les juger aux USA pour narcoterrorisme. C’est la version évoquée pour mener cette opération alors que celle-ci est une violation du droit international et un acte de guerre.
Elle ressemble dans la forme à l’arrestation de Noriega pour trafic de drogue le 3 janvier 1990, comme un symbole par la date, alors que le Venezuela n’est pas concerné par le trafic (ce serait 1 % seulement du trafic). Sur le fond, elle est de même nature que celle invoquée pour l’Irak et les armes de destructions massives de Saddam Hussein ou l’utilisation de gaz contre les populations syriennes de Bachar El-Assad. On sait comment ça s’est terminé.
Reconnaissons à Trump d’avoir révélé la finalité de l’opération en déclarant qu’il s’agissait de « reprendre notre pétrole » et plus loin d’ajouter « Les grandes compagnies pétrolières américaines retourneront au Venezuela ». Récupérer les considérables ressources pétrolières vénézuéliennes est certes un objectif pour les États-Unis, mais il en est un autre beaucoup plus urgent : la vente du pétrole par le Venezuela dans une autre monnaie que le dollar. Les Chinois étaient présents à Caracas la veille de l’opération américaine pour signer des conventions d’achat en yuan. On pense à l’opération en Lybie contre Kadhafi. La fin du dollar dans les transactions internationales sera la fin de l’empire américain.
Mais Trump a aussi d’autres objectifs pour le monde.
Reconnaissons-lui la franchise de menacer dans la foulée du Venezuela trois autres pays d’Amérique latine du même traitement : le Mexique, la Colombie et Cuba, de renouveler ses intentions sur le Groenland et de prévoir de bombarder et d’intervenir en Iran.
La première remarque que nous pouvons faire est la proximité de l’enlèvement de Maduro avec la publication de la Stratégie de sécurité nationale (NSS), le rappel de la doctrine Monroe et de la politique impérialiste du « gros bâton » de Théodore Roosevelt.
1 - LA STRATÉGIE DE SÉCURITÉ NATIONALE 2025
La stratégie se présente comme un plan d’action visant à renouveler la puissance américaine en déclin. Il synthétise de façon officielle la pensée de Donald Trump sur sa politique étrangère et de défense, l’application dans ces domaines de la doctrine MAGA. C’est un document majeur. Selon Jeffrey Sachs, anciennement soutien de Trump, cette stratégie repose sur les 4 idées suivantes
1 – Les USA jouissent d’une suprématie inégalée dans tous les domaines.
2 – Les USA ont une vision machiavélique du monde. Les nations sont des instruments manipulables au profit des USA.
3 – Le droit international et les institutions internationales sont des entraves à la souveraineté américaine.
4 – Les États-Unis comptent utiliser leur puissance militaire à leur convenance.
Voyons en détail ces affirmations qui semblent caricaturales.
QUELQUES RAPPELS SUR LES ÉTATS-UNIS
Je rappelle dans mon livre « Trump et la fin de l’empire américain » que sous la présidence Clinton, les États-Unis sont devenus effectivement les maîtres du monde. Non par leurs efforts, mais par la disparition d’un concurrent à la puissance.
Brzezinski dans son livre « Le grand échiquier » publié en 1997, l’exprime ainsi : « Pour la première fois dans l’histoire, un État unique est devenu une véritable puissance globale ». Cette période est révolue.
Au moins deux États remettent en cause la puissance globale des USA. La Russie au plan militaire et la Chine au plan industriel et financier.
Brzezinski ajoutait : « Pour la première fois dans l’histoire, un État non eurasien domine le monde… ou l’Eurasie est dominée par une puissance non eurasienne ».
En conclusion, il précisait : « La tâche la plus urgente consiste à veiller à ce qu’aucun État ou groupement d’États n’ait les moyens de chasser d’Eurasie les États-Unis ou de diminuer leur rôle d’arbitre. » Or, c’est précisément de ça qu’il est question dans la NSS 2025.
L’opération spéciale de la Russie en Ukraine détruit déjà une des tâches que se sont fixée les USA, puissance globale. Ils ont déjà perdu le rôle d’arbitre. La Russie ignore les menaces américaines et mène son opération telle qu’elle l’a conçu à l’origine.
Les États-Unis ne seront pas chassés de l’Eurasie, mais ils souhaitent quitter sa partie occidentale, qui devra elle-même faire face à ses dangers. La vision des États-Unis dans le monde, telle que la relève Jeffrey Sachs n’est-elle pas celle d’une autre époque ? et consécutivement, les États-Unis ont-ils encore les moyens de maintenir leur puissance ?
Certains répondent : les États-Unis n’ont plus les moyens d’être le « gendarme du monde ».
Les États-Unis ont une dette officielle, 33 000 milliards US $, qui représente 137 % de leur PIB. La part de l’industrie dans leur PIB n’est plus que de 10 %. La part de l’industrie dans le PIB de la Chine, du Japon, de l’Allemagne… de la Russie est supérieure à 20 %.
Les technologies avancées qui faisaient leur fierté au siècle dernier sont aujourd’hui concurrencées sévèrement par la Chine et la Russie. Leur aviation rencontre des difficultés majeures. Deux symboles, Boeing pour l’aviation civile voit ses avions cloués au sol pour des raisons de sécurité et le F35 pour le militaire, malgré soin coût exorbitant ne fonctionnent pas.
Certes les Etats-Unis restent puissants dans le numérique, les GAFAM, en accueillant les jeunes ingénieurs du monde entier, mais la Chine, qui produit plus d’ingénieurs que tout l’occident, leur taillera forcément des croupières demain. Déjà, son IA est plus puissante que l’Américaine.
LA DOCTRINE MONROE
Parallèlement à leur départ de l’Europe, qui prendra vraisemblablement la forme de l’abandon de l’OTAN, est renouvelée la doctrine Monroe. La doctrine considère le continent américain comme son territoire et les pays qui le composent comme des instruments de sa politique : « Les États-Unis veilleront à ce que l’Amérique latine « reste à l’abri de toute incursion étrangère hostile ou de toute prise de contrôle d’actifs clés » et que les alliances et l’aide seront conditionnées à la « réduction de l’influence hostile extérieure » ».
La réaffirmation de la doctrine Monroe (1821) c’est le retour des États-Unis dans leur île, mais pas seulement, car l’annexion du Groenland reste un objectif de Trump qu'il qualifie de doctrine Donroe.
Dans le document de la NSS, Jeffrey Sachs constate une lueur de réalisme : « Les USA ne peuvent et ne doivent pas tenter de dominer le monde », mais il condamne durement la nouvelle stratégie américaine : « La NSS 25 tient… un discours arrogant. C’est une doctrine qui privilégie le pouvoir sur le droit, la coercition sur le consentement et la domination sur la diplomatie. La sécurité américaine ne sera pas renforcée en agissant comme un tyran. Elle sera affaiblie, tant sur le plan structurel que moral et stratégique. Une grande puissance qui effraie ses alliés, contraint ses voisins et méprise les règles internationales finit par s’isoler. »
Jeffrey Sachs nous livre finalement l’Amérique tel que nous l’avons connu depuis 1945, une sorte de gendarme du monde. Dans la période où elle est devenue l’unique puissance mondiale avec la fin de l’URSS, elle a mené des opérations un peu partout pour préserver le dollar et multiplier les bases de l’US army.
Est-ce véritablement toujours celle-là avec Trump aux commandes. Il a mis en avant la paix et n’a jamais engagé une guerre comme ses prédécesseurs. Certes, il nous a habitués à changer souvent de discours. Pouvons-nous prendre tout pour argent comptant ?
Les concepteurs de cette stratégie sont les néoconservateurs. Si Trump a tout fait pour réduire leur nocivité, force est de constater qu’ils sont toujours à la manœuvre et qu’il doit les neutraliser.
LES NÉOCONSERVATEURS
Les néoconservateurs appartiennent principalement au clan républicain, mais ils influencent aussi fortement le clan démocrate. Ils sont incontournables en ce qui concerne la politique extérieure des États-Unis. Ils ont une expérience de l’État fédéral et surtout de l’État profond qu’ils ont commencé à infiltrer dès la présidence de Ronald Reagan par leurs soutiens, Dick Cheney et Donald Rumsfeld dont les carrières se sont poursuivies jusqu’à la présidence de Bush junior qu’ils ont convaincu de mener l’armée américaine en Irak et en Afghanistan après le 11 septembre. « Ce sont les néoconservateurs américains qui ont conçu cette idée (la guerre en Irak) et qui portent la responsabilité de l’avoir mis en œuvre au lendemain du 11 septembre ». Mearsheimer et Walt. Plus loin, ils affirmeront : « Le néoconservatisme est une idéologie politique particulièrement belliciste ».
Le deuxième trait des néoconservateurs est d’être pro israélien. Or, un mouvement se dessine aux États-Unis et de MAGA qui rejette Israël et sa politique. Si Trump n’apprécie pas Benyamin Netanyahou, il reste un défenseur de l’État juif.
Cependant, il a nommé de nouveau au département de la guerre Elbridge Colby, qui défend l’idée d’abandonner l’Europe et le moyen orient pour déployer les forces vers l’Asie-Pacifique. Cette nomination n’est pas du goût du lobby pro-israélien.
2 - UNE AUTRE LECTURE DES ÉVÉNEMENTS
L’OPÉRATION VENEZUELA
Les États-Unis ont déployé des forces considérables pour capturer le président du Venezuela, tout en sachant qu’ils avaient l’accord d’une grande partie du mouvement chaviste qui contestait la gestion de Maduro. La Russie et la Chine ont émis des protestations. La Chine verrait ses intérêts touchés si d’aventure, elle ne pouvait plus payer le pétrole en yuan. Il faut donc attendre pour voir la suite et savoir si Trump veut mettre à la présidence un homme à lui.
Dans le moment, les États-Unis ont fait preuve d’une grande retenue qui tient compte de l’état des forces et de la leur en premier.
L’ÉTAT DES FORCES
Trump a manifesté à maintes reprises son désir de paix sur la planète. La question est de savoir comment il va s’entendre avec la Russie et la Chine.
La démonstration faite par l’armée chinoise pour l’anniversaire de la prise du pouvoir de Mao a bien été perçue par Washington. La Chine n’est pas un tigre en papier. Le déploiement de l’armée russe en Ukraine et la démonstration de ses nouveaux matériels n’engagent pas non plus à l’affrontement avec la Russie.
L’armée américaine est en refonte et ne sera pas opérationnelle avant longtemps. Sa composante la plus efficace : la marine est fragilisée par les missiles hypersoniques qui peuvent la détruire en peu de temps.
Les alliés des USA, à l’exception du Japon et de la Corée du Sud, ne semblent capables de se trouver dans une guerre de haute intensité.
La majorité du peuple américain ne souhaite plus d’engagement dans le guerre.
L’EUROPE
Elle est la grande perdante du nouveau siècle. Depuis la fin de l’Union soviétique, on a pu voir les pays européens glisser vers quelque chose qui s’apparente au néant. Des personnalités occupant des postes au sein des États et des instances communautaires se sont transformées en gang pour détourner des milliards d’argents publics.
Un faux vaccin pour maîtriser une fausse épidémie a coûté aux contribuables européens près de 60 milliards d’€.
Le soutien de l’Europe à l’Ukraine est estimé en février 2025 à près de 170 milliards d’€. Aujourd’hui elle mobilise 90 milliards pour poursuivre la guerre. Comme pour les vaccins, une partie de ce qui est distribué retourne à l’envoyeur.
L’Ukraine sera le tombeau pour les peuples de l’Europe. L’avoir soutenu a abouti à se couper des sources d’énergie russe peu chère pour celles onéreuses de l’Amérique. L’industrie européenne n’est plus compétitive. Il lui faut s’exiler aux États-Unis pour survivre.
Il n’est pas exclu que l’Europe connaisse un renouveau révolutionnaire. Le renouvellement des mandats des dirigeants actuels est loin d’être assuré. Merz, Starmer … vont être en très grande difficulté. Trump a manifesté son soutien aux partis patriotes et a lancé un avertissement aux Européens. Dans le document de la NSS, il est écrit : que l’Europe « sera méconnaissable dans vingt ans ou moins… Son déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus abrupte d’un effacement civilisationnel ». (Chute de la natalité, immigration, perte des identités nationales, répression des opposants politiques, censure de la liberté…).
Si l’Europe est désormais l’homme malade du monde. La France est l’homme malade de l’Europe. Le bilan de Macron est le plus catastrophique de tous les présidents de la 5 -ème. Qu’est devenue la France depuis le départ du général de Gaulle ?
Un pays surendetté. Une industrie pesant moins de 10 %. Une agriculture délibérément détruite. Un chômage autour de 14 %. Une pauvreté s’étalant partout. Une immigration qui continue de déferler… Son effacement civilisationnel est le plus avancé de tous.
LES BRICS
Sur le plan du rapport de forces dans le monde, l’initiative revient à la Russie et à la Chine. La création des BRICS et l’engouement qu’ils suscitent auprès des pays du sud ont profondément modifié le rapport des forces dans le monde. La route de la soie qu’organise la Chine ne rencontre pas vraiment d’opposition.
POUR CONCLURE
Trump, Poutine et Xi Jinping savent que les puissances nucléaires ne peuvent se faire la guerre sans risque.
Trump et Poutine se sont mis d’accord en Alaska. Des hommes d’affaires américains attendent pour investir en Russie, exploiter les gisements, les terres rares, etc. L’Ukraine constitue un obstacle. Trump doit attendre la fin de l’opération spéciale. Les Européens n’auront que les yeux pour pleurer.